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Le patrimoine industriel

Usine Peugeot Frères sur les roches à Valentigney

L'arrêté préfectoral du 13 février 1821 autorise Frédéric Louis Calame (1776-1858), gendre de Frédéric Japy, à fonder une "manufacture d'outils et de quincaillerie" sur la rive droite du Doubs, alimentée par un barrage. Le 15 novembre suivant, l'établissement fusionne avec l'usine dite Sous-Cratet des frères Peugeot, située à Hérimoncourt, sous l'appellation "Peugeot Frères Aînés, Calame et Maillard-Salin". La société fabrique des scies (170 000 par an), des fers à rabots, des buscs (éléments de corsets) en acier, et des articles de quincaillerie (60 quintaux annuels de ressorts de montres, des pendules et tournebroches, etc.). Après la liquidation de la société, la raison sociale devient Calame et veuve Maillard-Salin en 1832. En 1835, l'usine se compose de deux ateliers de fabrication (machines-outils, montage, trempe, polissage), d'un logement et d'une halle à charbon. Une nouvelle association, fondée en 1846 entre Jules, Emile et Constant Peugeot, Adolphe et Octave Japy et Eugène Bornèque, réunit l'établissement de Terre-Blanche à Hérimoncourt (voir notice) sous la raison sociale "Peugeot-Japy et Cie". En 1847, l'usine produit 38 t d'acier, avec une gamme de 186 articles de quincaillerie, grâce à deux martinets, huit laminoirs, 17 meules et une turbine hydraulique. Deux turbines sont en service en 1877, 4 en 1900.


En 1851, la société en nom collectif Peugeot Frères remplace Peugeot-Japy et Cie. Dirigée par Jules et Emile Peugeot, elle comprend l'usine de Terre-Blanche, ainsi que celle de Beaulieu fondée en 1856. La production des crinolines (armatures de robes) nécessite vers 1855 le rehaussement de trois niveaux de l'atelier originel appelé le "château". Près de 8 t d'acier pour crinolines sont produites par mois en 1860 sur les sites de Valentigney et de Terre-Blanche. A partir de 1874, Armand Peugeot étend le site au nord du pont sur le Doubs en créant "l'usine d'aval" : forge et halle des laminoirs à chaud, ateliers d'ajustage, de montage, de vernissage, de nickelage et de polissage, atelier de décapage et ferblanterie (1886), salle des machines et cheminée, redressement du canal d'amenée et aménagement de la salle des turbines. Un atelier des "ressorts et patins" est bâti vers 1895 à l'emplacement de l'ancienne halle à charbon. De nouveaux ateliers, une salle des machines à vapeur et une 3e cheminée sont édifiés au sud du site entre 1895 et 1904. La gamme des produits s'élargit : en 1866, elle compte, outre les outils classiques (scies, fers), des buscs, lames, agrafes, râpes, tondeuses, articles de serrurerie et d'horlogerie. En 1889, les cinq trains de laminoirs traitent entre 600 et 800 t d'acier, converti en scies (440 000), fers de rabots (600 000), ressorts pour horloges, tournebroches, pinces ou phonographes (un million), pièces de bicyclettes (chaînes, tubes, jantes) et articles divers (armatures de corsets, pince-nez, outils, etc.). La production passe en 1900 à 1 million de scies, 1,3 million de rabots et 1200 t d'acier laminé divers.


Fondée en 1878, la société Les Fils de Peugeot Frères entreprend en 1885 la fabrication de bicycles et de tricycles, qui seront assemblés à l'usine de Beaulieu. L'usine se lance ensuite dans la production de pièces pour automobiles (quadricycles à moteur), qui seront également assemblées à Beaulieu à partir de 1889. La création de la SAACP (Société Anonyme des Automobiles et Cycles Peugeot) en 1910 entraîne la réorganisation des sites et le recentrage de l'usine vers l'outillage et la quincaillerie (transfert des laminoirs à froid depuis Beaulieu, nouvelles installations de trempe et de polissage). Un atelier de laminage d'acier fin pour articles de métiers à tisser, ressorts d'horlogerie et phonographes, est créé en 1923, puis fermé en 1938. Un atelier pour grosses presses est construit dans la décennie 1920. L'usine est intégrée en 1954 à la société Peugeot et Cie (usines à Pont-de-Roide, Audincourt, Hérimoncourt et Valentigney) et agrandie dans la décennie 1960. En 1966 est créée Aciers et outillage Peugeot (AOP), filiale de Peugeot SA, qui poursuit la production d'outils à main laminés et forgés et qui fabrique des pièces pour l'automobile en acier inoxydable (enjoliveurs chromés, calandres, pare-chocs, etc.). La société est restructurée en 1981, ce qui entraîne l'abandon de la fabrication d'outillage à main en 1986. L'usine ferme ses portes en 1987, au moment de la naissance d'ECIA (Equipements et Composants pour l'Industrie Automobile), filiale de PSA qui travaille pour divers constructeurs automobiles. Les bâtiments, pour la plupart désaffectés, font l'objet d'un projet de réhabilitation.


Les ateliers de fabrication, datant du 19e  et du 1er quart du 20e siècle, sont en moellon de calcaire enduit, à l'exception de quelques-uns bâtis en brique. Ils sont pour la plupart construits en rez-de-chaussée, pourvus de charpentes métalliques et couverts de sheds et de toits à longs pans. Situé au nord du site, l'atelier des grosses presses, à deux étages carrés, possède une ossature en béton armé hourdé de parpaings de béton. Il est couvert d’un toit à longs pans en tuile mécanique.


L'usine emploie 70 ouvriers en 1834, 170 ouvriers (dont 10 enfants) en 1844, 120 ouvriers (80 hommes, 10 femmes, 30 enfants) en 1847. L'effectif est de 180 ouvriers en 1855, 577 (hommes, femmes, enfants) en 1883, 1 040 ouvriers en 1900, 1 800 en 1969 et 1 100 en 1972.

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