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Le patrimoine industriel

Usine d'horlogerie Auguste L'Epée

En mai 1839, Auguste L'épée (1798-1875), associé au genevois Pierre-Henri Paur, crée une société pour l'exploitation d'une manufacture de boîtes à musique sous l'appellation Paur et L'Epée. Une autre version historique rapporte qu'Auguste L'épée reprend à cette date la fabrique fondée par Paur en 1833. L'atelier était vraisemblablement installé dans une ferme ayant appartenu sous l'Ancien Régime au prince de Montbéliard. En 1812, cette ferme était occupée par les frères Koenig, "fabricants de toiles de coton", qui y exploitent depuis le début des années 1800 un tissage à bras. La "maison" signalée sur la matrice cadastrale est vendue en 1834 à Frédéric Pabst "fabricant de perkals", qui la cède à Pierre-Henri Paur en 1841, avant d'être achetée par Auguste L'Epée en 1858. A ses débuts, la manufacture fabrique des boîtes à musique complexes pour coffrets à bijoux (cartels, tabatières), ou intégrées à des socles de pendules ou des cadres de tableaux. Vers 1850, elle se lance dans la production de porte-échappements pour réveils et pendules de voyage. Le porte échappement est un mécanisme placé entre la source d'énergie (ressort ou poids) et l'organe réglant, composé de plusieurs pièces : ancre, roue dentée, etc. En 1859, la production annuelle atteint 24 000 unités.

Stimulé par le succès, Auguste L'Epée entreprend de construire une nouvelle usine à l'ouest, de l'autre côté de la route départementale. La fabrique, équipée d'une machine à vapeur et dotée d'un atelier d'ébénisterie pour les boîtes marquetées, est achevée en 1862. Elle est complétée d'un hangar et agrandie d'un atelier de fabrication en 1868. Une nouvelle machine à vapeur est inaugurée en 1871, afin d'accroître la puissance motrice de l'usine. Plusieurs maisons sont construites dans le quartier vers 1874 et vers 1884 - notamment la "grande maison" (B 450) -, afin de loger les employés. La société obtient des médailles aux expositions universelles de Paris en 1878, de Vienne en 1892 et de Hanoï en 1902. A la mort du fondateur en 1875, l'affaire est poursuivie par deux de ses fils, Charles-Auguste et Henry, sous la raison sociale Auguste L'Epée et Cie. En 1878, la production est de 2000 grandes boîtes et 40 000 petites. L'usine est de nouveau agrandie en 1887 ("annexe de la fabrique de boîte à musique"), dotée d'un atelier de fonderie terminé en 1895, et complétée de remises et hangars vers 1898. En 1900, la production avoisine 24 000 porte-échappements et 150 000 petites boîtes à musique pour enfants ("musique d'enfants"). Cependant, la vogue des boîtes à musique commence à passer de mode, et l'entreprise commence à diversifier ses fabrications horlogères.

En 1896, elle se lance dans la production de mouvements mécaniques pour phonographes à rouleaux, à laquelle un atelier est spécifiquement dédié. Elle inaugure en 1909 la mécanisation de la fabrication de porte-échappements à cylindre, puis en 1911 celle des porte-échappements à ancre. L'année 1914 voit la fin de la production des boîtes à musique. Vers 1920, les ateliers primitifs sont vendus et convertis en logements ouvriers. En 1925, Henry, fils de Frédéric, reprend la direction de l'affaire. Outre la fabrication d'appareils de précision, il développe celle des porte-échappements, exportés ou vendus aux sociétés horlogères locales (Japy, Wittmer, Marti, etc). Après la Seconde Guerre, la société poursuit sa diversification (baromètres, altimètres, puis appareils d'horlogerie), ce qui nécessite la construction de nouveaux ateliers de fabrication en 1950 et vers 1963. Elle crée deux ateliers de production dans le Haut-Rhin : l'un à Saint-Louis qui fonctionne de 1950 à 1969 et l'autre à Sainte-Marie aux Mines, actif de 1960 à 1969. En 1962, l'usine de Sainte-Suzanne s'étend sur 20 000 m², dont 2 500 m² couverts. Elle réalise des porte-échappements synchronisés pour les sociétés Kienzle, Wener, Siemens, AEG. Leur production passe de 750 000 unités en 1963 à 1 110 000 en 1968. La société rencontre des difficultés au début des années 1970 (apparition du quartz en horlogerie), et travaille en sous-traitance pour Peugeot, Siemens, AEG. Reprise en 1975 par Matra-Manurhin, elle est rebaptisée Société Nouvelle L'Epée et entreprend la fabrication complète de pendulettes de luxe et "d'officier" (10 000 unités en 1985), ainsi que des mécanismes pour l'armement (jusqu'en 1983).

La société est cédée à la Société Financière de Participation Industrielle en 1987, puis à la Holding Industrielle et Financière de l'Est en 1990, puis au groupe Laval en 1992, jusqu'au dépôt de bilan en 1995 avec la fermeture définitive du site l'année suivante. La marque L'Epée appartient aujourd'hui au groupe Swiza SA Manufacture, spécialisée dans la pendulette quartz haut de gamme. Les logements installés dans les ateliers primitifs, devenus insalubres et désaffectés en 1977, ont été détruits pendant l'hiver 1980. Le logement patronal a été démoli en 1984. Les bâtiments industriels ont été rachetés par un promoteur privé et convertis en habitations en 2005. Ces deux ateliers occupent leur emprise d'origine, mais leur élévation a été fortement modifiée lors de la réhabilitation (ajout d'un étage sur l'atelier sur cour et modification des baies). Ils étaient construits en moellon de calcaire enduit, pourvus de deux étages carrés et couverts de toits à longs pans. Le logement dit "la grande maison" possède un étage carré et un étage en surcroît.

La fabrique comptait 30 ouvriers en 1845, 130 en 1859, 350 en 1878, 130 en 1912, 23 en 1926, 52 en 1930, 134 en 1955, 260 en 1962, 600 en 1970, 420 en 1974, 250 en 1982, 115 en 1986 et 64 à la fermeture en 1996.

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