OK

La Renaissance

Une ville libre et un Etat souverain

Les Halles de Montbéliard (JM.Domon)

L’époque moderne marque profondément le Pays de Montbéliard, lui donnant son originalité de principauté wurtembergeoise, devenue luthérienne de langue française, ce qui constitue une grande originalité. Cette principauté se voit dotée aussi de structures étatiques nouvelles qui en font, jusqu’en 1793, un Etat souverain.
L’éloignement de Montbéliard par rapport au Wurtemberg rend indispensable l’installation d’un conseil de régence dans la principauté. Installé aux halles, il se transforme peu à peu en un véritable gouvernement permanent, que le prince soit présent ou non. Montbéliard devient la capitale politique du Comté, des Quatre Terres, des seigneuries comtoises et alsaciennes.
Le conseil est à la fois un Conseil d’Etat, une chambre des finances et un tribunal seigneurial gouvernant l’ensemble de la principauté. Au nom du prince, il nomme à toutes les fonctions, reçoit les requêtes des habitants, prépare les décisions, contrôle la vie économique et assure le paiement du personnel princier. Il est composé de 6 à 10 conseillers, assistés des grands officiers aux attributions particulières : bailli, chancelier, intendant, procureur général, prévôt. Tous dépendent étroitement du prince qui les nomme et dispose seul du pouvoir législatif. Peu à peu, les bourgeois de Montbéliard occupent les charges et emplois princiers, d’abord aux mains de wurtembergeois. Ainsi se constitue une élite administrative locale.
La ville de Montbéliard reste gérée et gouvernée selon les principes définis par la charte de franchises de 1283, le pouvoir étant partagé entre les Neuf bourgeois, les Dix-Huit et les Notables (structure honorifique regroupant les Neuf et les Dix-Huit sortis de charge). Ce magistrat, aux pouvoirs étendus, constitue un groupe de plus en plus fermé, véritable groupe d’intérêts à l’intérieur duquel les élites urbaines se cooptent. De plus en plus jaloux de son pouvoir, le magistrat entretint des rapports difficiles avec le prince, à l’origine de nombreux conflits du XVIe au XVIIIe siècle. Le prince délégue un maire auprès du magistrat, afin de défendre ses droits, définis par la charte et d’avoir un contact permanent avec l’institution municipale. Dans deux domaines particuliers, le pouvoir central ne cesse de s’affirmer : la surveillance des finances urbaines et la surveillance de la vente de denrées aux halles. Même si la ville jouit d’une large autonomie, elle n’est pas indépendante et est toujours étroitement intégrée au Comté.

L’installation de la réforme luthérienne

Au XVIe siècle, la Réforme s’impose dans le Pays de Montbéliard, grâce tout d’abord au prince Ulrich Ier, acquis aux idées luthériennes, qui fait appel à Guillaume Farel (dauphinois) pour prêcher la réforme à Montbéliard dès juillet 1524, puis à Pierre Toussain (ex chapelain de Metz) en juin 1535.
En 1538, la messe, les cérémonies catholiques et les images sont abolies et les chanoines quittent la ville. De 1538 à 1548, la réforme s’installe dans le comté et dans les seigneuries de Blamont et d’Etobon. De Suisse et de France arrivent de nombreux prédicants de sensibilité calviniste, créant de vives tensions entre luthériens et radicaux, alors que Toussain, devenu surintendant de l’Eglise nouvelle, cherche à maintenir une voie moyenne et que les catholiques sont de moins en moins nombreux. Dès 1555, la paix d’Augsbourg, confortant les princes dans leur rôle religieux (« Tel prince, telle religion ») permet au comte de réaffirmer le luthéranisme comme religion pour le Pays. Alors qu’est créée une école latine et une bibliothèque humaniste, l’ordonnance ecclésiastique de 1556 rend obligatoire l’assistance au culte et condamne les « pratiques papistiques » et la sorcellerie (une première vague de procès commençe alors) et dresse des garde-fous contre les idées de Zwingli et de Calvin. Dès 1557, afin de pourvoir les postes de pasteurs francophones et luthériens, Georges Ie crée six bourses annuelles pour permettre à des étudiants locaux de recevoir une solide formation au séminaire luthérien de Tubingue. Cette pratique dure jusqu’en 1793 et permet l’émergence d’une solide élite intellectuelle et religieuse.

Le règne de Frédéric Ie (1558-1608) : « une Renaissance montbéliardaise »

Temple Saint-Martin à Montbéliard (E. Boilaux)

En 1558 a lieu l’avènement de Frédéric Ier, encore jeune et ce dans un contexte difficile : mauvaises récoltes, famine, épidémies, querelles religieuses entre calvinistes et luthériens. Pour éviter de nouveaux troubles et imposer un luthéranisme officiel, Frédéric, devenu majeur, fait publier le 26 décembre 1586 la « Confession de foi de Montbéliard » que doivent signer tous les habitants. Achevé en 1604, le temple Saint-Martin consacre le triomphe du luthéranisme et devient le symbole éclatant de l’autorité religieuse du prince, en même temps que l’illustration architecturale d’une «Renaissance montbéliardaise».
A la fois duc de Wurtemberg et Comte de Montbéliard, Frédéric marque de son empreinte la principauté et fait de Montbéliard une véritable petite capitale luthérienne. Il fait venir un imprimeur dès 1577. Un jardin botanique est également créé et confié à Jean Bauhin dès 1578. Parmi les autres actions de Frédéric, on peut noter la reconstruction de l’Ecole latine, les premières fouilles à Mandeure, la constitution d’une bibliothèque humaniste… Il se soucie également du développement économique du Comté en créant des ponts (Voujeaucourt par exemple), des fermes modèles, mais aussi les forges de Chagey (1586) et d’Audincourt (1619), ces activités formant la base de l’industrialisation future du Pays de Montbéliard.

Les calamités du XVIIe siècle

Dans les années 1620, le Pays de Montbéliard connaît un climat très difficile générant disettes et famines. La principauté subit également les conséquences de la guerre de Trente Ans, malgré la prudente politique d’équilibre menée par les ducs de Wurtemberg. La pression militaire est toute proche : en 1621 des troupes wurtembergeoises sont logées à Montbéliard, on constitue des stocks, on met en alerte la milice bourgeoise, alors qu’en 1629 des impériaux sillonnent le pays. La situation empire dès 1630 : la guerre européenne fait rage et coupe de plus en plus la principauté d’une hypothétique protection wurtembergeoise. Le pays, lieu de passage convoité, est parcouru par des armées de tous bords, « amies » ou ennemies, impériales ou suédoises, qui ravagent et pillent, générant une inquiétude générale. Se sentant de plus en plus isolé, sans appui, le conseil de régence fait appel à l’aide française : le 21 septembre 1633, 720 soldats arrivent et tiennent garnison dans la ville. C’est le début d’un redoutable engrenage car, en 1635, la France s’engage dans la guerre : pour ses ennemis, Montbéliard, qu’elle occupe, devient un objectif militaire. Des années dramatiques s’annoncent, confirmées par le départ du prince Léopold Frédéric, alors âgé de 11 ans, vers la sûreté du refuge suisse.
De 1635 à 1643, le pays n’est qu’un vaste champ de bataille. La ville, où les Français sont barricadés, subit les assauts de tous les ennemis de la France, Lorrains, impériaux, mercenaires croates, qui parcourent les campagnes en semant mort et désolation, sans oublier les Suédois de Bernard de Saxe-Weimar venus au secours des Français. Provoquée par les effets cumulés de mauvaises récoltes et des besoins des armées qui vivent sur le pays, la famine s’installe partout. Sur des organismes affaiblis, la peste bubonique, véhiculée par les passages incessants des troupes fait des ravages incessants de 1635 à 1639, emportant des milliers de personnes. Au cours de ces terribles années, la ville perd les trois-quarts de ses habitants. Lorsque la paix revient enfin, après le traité de Westphalie en 1648, le bilan est catastrophique : la population est décimée, le pays est ravagé, marqué par le recul des cultures et l’avancée des friches, les finances sont épuisées car il a fallu entretenir les troupes françaises et le commerce ruiné. La reconstruction est lente.
Les princes, Léopold Frédéric, puis après sa mort en 1662, son demi-frère Georges II, s’efforcent de faire revenir les habitants partis se réfugier en Suisse durant les années sombres, mais aussi d’attirer des colons étrangers et protestants, surtout suisses, grâce à des avantages fiscaux, afin de remettre en culture les terres abandonnées. On entreprend des enquêtes afin d’évaluer les besoins des campagnes dévastées et on s’efforce de relancer le commerce. Dans la ville, l’école française est reconstruite, le temple Saint-Georges sort de terre (1674-1676) et quelques indispensables réparations sont effectuées au château. Le collège universitaire, construit depuis des années, n’avait jamais été mis en service : il est inauguré le 30 juin 1670 par Georges II, mais ne peut fonctionner que jusqu’en 1676 car de sombres nuages s’accumulent à nouveau sur la principauté avec l’affirmation des ambitions et de la menace française. En effet, Louis XIV, après l’annexion de la Franche-Comté par le traité de Nimègue en 1678, décide d’investir Montbéliard. Ses troupes y pénètrent quatre jours plus tard, après que le magistrat ait accepté une reddition afin d’éviter une effusion de sang. Impuissant, se sentant abandonné de tous, Georges II quitte la ville pour Bâle. C’est le début d’une occupation militaire française qui durera plus de vingt ans, marquée par des outrages répétés : ville pillée, château dévalisé, réquisitions incessantes, saisie des revenus du prince, démolition de la citadelle et des remparts aux frais des habitants, archives pillées, profanation des tombes princières, logement des troupes en ville et dans les villages à la charge de la population. Les halles, le château et l'église Saint-Martin sont sauvés de justesse de la démolition. A cette longue liste d’exactions s’ajoute une vigoureuse tentative de recatholicisation : le culte catholique est rétabli à l'église Saint-Maimboeuf et à la chapelle du collège universitaire ; des processions provocatrices avec croix, images et cantiques sont organisées et des pasteurs sont persécutés.
Cependant, le traité de Ryswick (1697) oblige le roi à restituer les terres occupées au prince Georges. Les troupes françaises ne quittent le pays qu’en février 1698, le laissant exsangue, frappé de plus par les graves crises de subsistances de la fin du siècle, en particulier de celles de 1693-1694 et 1698-1699. Le départ des occupants est suivi d’une vigoureuse réaction anti-catholique : 74 « papistes » sont expulsés de la ville, l'église Saint-Maimboeuf est rendue au culte réformé. Louis XIV saisit le prétexte pour une nouvelle intervention, très vigoureuse : le culte catholique est rétabli dans la chapelle du collège universitaire, conformément à l’article IV du traité de Ryswick et un curé est définitivement installé malgré les protestations du magistrat. Les Quatre Terres de Blamont, Clémont, Héricourt et Châtelot sont occupées et rentrent définitivement dans l’orbite française. Ayant obtenu ce qu’il souhaite, Louis XIV fait évacuer la ville et le comté, alors qu’en juin 1699 Léopold Eberhard succède à Georges II. Ce souverain, qui doit notamment faire face aux dernières crises de subsistance que connaît le pays en 1709 et 1713, parvient à force de diplomatie à sauvegarder l’indépendance du comté face à la France.

Pays de Montbéliard Agglomération - Service animation du patrimoine
8 avenue des Alliés - BP 98407 - 25208 MONTBELIARD CEDEX
Tél. 03 81 31 87 80 - Fax 03 81 31 84 89
http://www.agglo-montbeliard.fr/http://www.vpah.culture.frhttp://www.culture.gouv.fr
Pays de Montbéliard Agglomération - 8 avenue des Alliés - BP 98407 - 25208 MONTBÉLIARD Cedex - Tél. 03 81 31 88 88