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Le XVIII° Siècle

Sur le plan politique, à partir de 1723, date de la mort de Léopold Eberhard sans héritier, les princes ne résident plus à Montbéliard. En l’absence du prince, le conseil de Régence est le véritable gouvernement de la principauté, en accord permanent avec Stuttgart. Cependant, dès 1769, Charles Eugène envoie sur place son frère Frédéric Eugène comme stathouder (sorte de gouverneur agissant au nom du prince). Il s’installe avec sa cour au château d’Etupes. L’une de ses filles, Sophie Dorothée devient Maria-Féodorovna en épousant le futur tsar de Russie Paul Ier.

La paix retrouvée favorise une intense vie religieuse et un incontestable renouveau spirituel, relayé par un nombre croissant de pasteurs acquis à des idées nouvelles. Les écoles sont réorganisées : à la veille de la Révolution, il y a une école par paroisse, accueillant garçons et filles et enseignant la lecture, l’écriture et le calcul ; le taux d’alphabétisation par classe d’âge est déjà très élevé. A Montbéliard, il existe plusieurs écoles, une école française pour l’élite, une école allemande pour les enfants des domestiques du château et plusieurs écoles privées. La vieille école latine devient un gymnase permettant aux fils de l’élite de faire leurs humanités avant de rejoindre l’université du Tubingue pour les futurs pasteurs, ou l’Académie Caroline de Stuttgart dont le plus illustre étudiant montbéliardais fut Georges Cuvier (1769-1832).

Comme dans toute l’Europe occidentale, le XVIIIe siècle est dans le Pays de Montbéliard une période de croissance et de prospérité. Avec une phase d’amélioration climatique, les mauvaises récoltes deviennent beaucoup plus rares faisant disparaitre disettes et famines. Le Pays connaît donc une remarquable croissance démographique, passant de 12000 à plus de 26000 habitants, soit un doublement de la population entre 1723 et 1790, . Ce bel essor est surtout le fait des campagnes, car la ville de Montbéliard ne dépasse pas 3500 âmes. Compte tenu de l’exiguïté du territoire et du plafond des ressources, le plein démographique est atteint vers le milieu du siècle : le pays ne peut nourrir tous ses habitants. Dès lors, deux solutions s’offrent.

- D’abord l’émigration : les uns, paysans ou artisans, vont s’établir en terres protestantes, en Amérique (Nouvelle Ecosse, Nouvelle Angleterre), en Allemagne, en Suisse, à Mulhouse. Les autres en Russie, sur les traces de Sophie-Dorothée, comme précepteurs ou instituteurs. Au total, près de 300 personnes au moins ont choisi l’émigration entre 1743 et 1793.

- Ensuite, la diversification des activités économiques, de l’artisanat et de l’agriculture. Celle-ci connaît une évolution significative avec le grignotage de la jachère, l’utilisation d’engrais, l’essor des prairies artificielles (trèfle, sainfoin) et l’utilisation de pratiques nouvelles pour l’élevage bovin. La plupart de ces nouveautés décisives sont dues au talent des fermiers anabaptistes, travailleurs et entreprenants, artisans d’une mutation décisive, en particulier dans le domaine de l’élevage des bovins – c’est là qu’il faut chercher les origines lointaines de la race montbéliarde – et de la généralisation de la culture de la pomme de terre. Beaucoup de paysans, cherchant une activité d’appoint, produisent à domicile la « Verquelure », le traditionnel tissu de chanvre, base des trousseaux familiaux.

Hôtel Beurnier Rossel à Montbéliard, Musée d'Art et d'Histoire (JM. Domon)

Mais l’activité textile est surtout le fait de tisserands de plus en plus nombreux, à la ville comme à la campagne. La région d’Héricourt paraît avoir été la plus concernée par cette activité, mais les premières indiennes furent fabriquées à Montbéliard et dans les environs. Un vigoureux artisanat de proximité animait les villages : menuisiers, charpentiers, forgerons, maréchaux-ferrants, alors qu’à Montbéliard, tous les métiers, regroupés en chonffes prospères et puissantes, connaissaient un remarquable essor. On retiendra en particulier la dynastie des ébénistes Couleru, créateurs de véritables chefs d’œuvre qui se vendaient jusqu’à Paris, à Strasbourg et en Allemagne. La présence de cours d’eau nombreux, de petits gisements de fer, de vastes forêts pourvoyeuses de charbon de bois, d’une main d’œuvre nombreuse et qualifiée et d’entrepreneurs audacieux explique le développement d’une activité métallurgique importante, à Chagey, mais surtout à Audincourt. L’horlogerie couvait un développement spectaculaire à Montbéliard, où travaillent 20 maîtres horlogers à la fin du siècle. Frédéric Japy débute son activité chez son beau-père Amstutz, fermier anabaptiste à la Grange-la-Dame à Montbéliard puis va s’installer à Beaucourt, son village natal, en 1774, où il échappe aux règlements tatillons de la chonffe de Saint-Eloi. Une place particulière doit être faite à la tannerie, très active à Montbéliard, et à la papeterie à Meslières, Glay, Etupes. Dans la vallée du Gland, à Hérimoncourt, Jean-Pierre Peugeot se constitue, à force de travail, un premier patrimoine artisanal.
Le commerce, principalement centré sur Montbéliard, constitue une activité majeure. Il y a, à la fin du XVIIIe siècle, plus de cinquante marchands, tant locaux qu’au long cours. Un marché hebdomadaire se tient aux halles et douze foires ont lieu par an. Des marchands montbéliardais fréquentent les foires de Belfort, Bâle, Francfort, Leipzig ou Beaucaire (Provence). On exporte les produits métallurgiques, les tissus, le papier, l’horlogerie vers l’Alsace, la Suisse, même la Hollande et l’Allemagne. La construction du canal Rhin-Rhône, débutée en 1784 et qui s’achèvera totalement en 1833, participe également à ce développement des échanges.
Cependant, pour gêner cette activité, la France dresse sur les frontières de la principauté un redoutable corset douanier qui favorise une contrebande effrénée portant sur le tabac, le fer et le papier. De grosses fortunes bourgeoises s’édifient sur ce « transit » : ainsi, le tabac était acheté 12 sols la livre et revendu 24 à 36 en Franche-Comté… Certains inventaires après décès de marchands font apparaître des stocks de tabac de plusieurs dizaines de tonnes, venant de Hollande ou de Virginie.
    
Cette période de prospérité entraine de notables mutations dans l’espace urbain : promenades, espaces verts, nouvel hôtel de ville (1778), construction d’hôtels particuliers tel l’hôtel Beurnier-Rossel, fontaines…

A la fin du siècle, cependant, l’élite commerçante se rend bien compte qu’à terme, les barrières douanières imposées par la France conduiront à une totale paralysie économique du pays et estime que le rattachement à la France est la seule issue réaliste pour sauver l’économie locale. La dégradation de la situation économique, les tensions croissantes dans la ville entre les habitants non bourgeois, manouvriers et petits artisans, écartés du magistrat et les bourgeois marchands et négociants, les rumeurs révolutionnaires mal comprises, exagérées, déformées venues d’Héricourt et de Belfort vont précipiter les évènements, d’autant plus que des incidents éclatent dans la campagne : refus de paiement des redevances, délits forestiers, agressions contre les gardes, rédaction de cahiers de doléances. Face à cette situation de plus en plus incontrôlable, Frédéric Eugène est contraint de quitter la principauté avec sa famille et sa cour le 27 avril 1792 pour regagner le Wurtemberg. Le pouvoir désormais aux mains d’un conseil de Régence impuissant et d’un magistrat soucieux d’éviter tout affrontement violent, est en réalité vacant. En octobre 1793, la situation est donc mûre pour un rattachement à la France qui se passe sans heurs impliquant la perte d’identité politique du territoire et son partage entre plusieurs départements, mais offrant également des conditions favorables à un fort développement économique.

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