OK

La Révolution Industrielle

Des conditions très favorables

Les raisons du développement industriel, déjà initié au siècle précédent, sont multiples. Parmi lesquelles on note la présence de gisements métalliques, d’importantes ressources forestières, des cours d’eau pour puiser les ressources énergétiques ou encore le désenclavement routier, avec un axe vers la Suisse, et les routes reliant Belfort par les vallées de la Lizaine et de la Savoureuse. A partir de 1834, le canal du Rhône au Rhin relie le Pays de Montbéliard aux grandes artères fluviales et permet un approvisionnement aisé en produits pondéreux. L’arrivée du chemin de fer, en 1858, couronne l’évolution. Désormais, le marché s’étend à la France et à l’Europe. Le Pays peut alors profiter de la conjoncture favorable des années 1852-1890 et des années précédent la Première Guerre mondiale.

L’essor doit aussi beaucoup à la qualité des hommes. Industriels audacieux, imaginatifs, ayant le sens du produit  et la formation technique. Il faut aussi insister sur l’effet d’entraînement des usines les unes sur les autres, en particulier dans le domaine de la métallurgie, à une époque où les producteurs étaient d’une immense variété. Les ouvriers eurent aussi une part décisive dans cette réussite : habiles, durs au travail et souvent relativement peu exigeants, car ils sont souvent paysans en même temps, ils entretiennent avec leurs patrons des relations de profond respect. Dès 1890, l’Ecole pratique, école professionnelle pour des métiers manuels, joue un rôle majeur dans leur formation.

Quant à la guerre de 1870, si elle porte dans un premier temps préjudice à l’activité économique (occupation militaire prussienne du 8 novembre 1870 au 30 septembre 1871 et bataille de la Lizaine entre l’armée de Bourbaki et les Prussiens les 15, 16 et 17 janvier 1871), elle provoque, après l’annexion de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine par l’Allemagne, l’arrivée d’Alsaciens refusant de devenir allemands et choisissant de rester français (« les optants »). Plus de 1500 artisans et ouvriers s’installent à Montbéliard, dans le quartier de la Prairie, apportant du sang neuf à la ville. Quelques Israélites, tailleurs ou couturières, viennent renforcer la petite communauté juive du Pays. Plusieurs industriels quittent l’Alsace annexée pour s’installer à Montbéliard. L’intégration des nouveaux venus se fait très aisément. D’autre part, le Pays devient une zone frontière essentielle pour la défense du territoire national : les forts Lachaux, du Mont-Bart, du Lomont et la batterie des Roches sont des éléments importants d’un dispositif conçu par le général Séré de Rivières pour protéger le camp retranché de Belfort au sud.

Des activités variées

Four Martin à Audincourt (JM. Domon)

Le XIXe siècle porte l’empreinte de Japy dans le Pays de Montbéliard. Dès 1777, Frédéric Japy crée sa première fabrique à Beaucourt et son activité va s’intensifier rapidement. Il innove techniquement dans la fabrication des pièces d’horlogerie, permettant de les vendre moins cher, grâce à des machines-outils (utilisation fréquente de la vapeur). Il développe également un certain paternalisme pour stabiliser sa main d’œuvre et éviter des conflits sociaux (ouvriers vivant sur le lieu de travail, création d’un magasin d’alimentation et de vêtements, puis caisse de secours, médecin, petites maisons individuelles…). Ses trois fils prennent ensuite la tête de l’entreprise : l’horlogerie Japy se forge une renommée internationale et diversifie son activité (production de vis à bois, serrurerie, émaillerie, pompes, etc.) Japy a notamment électrifié Badevel, première commune du département à bénéficier de ce progrès. En 1860, Japy emploie 5 000 ouvriers, contre une cinquantaine moins d’un siècle auparavant. L’entreprise décline à la fin du XIXe siècle (manque d’innovation, mésententes à la tête de l’entreprise, pas de financement extérieur), et disparait dans les années 1970. Depuis 1986 un musée dédié à cette aventure industrielle existe à Beaucourt.

Outre l’aventure Japy, c’est l’industrialisation en général qui marque le Pays de Montbéliard durant le XIXe siècle : filatures à Audincourt, Courcelles, Exincourt, Valentigney ; horlogerie à Badevel, Exincourt, Vieux-Charmont, Seloncourt ; mines de fer à Exincourt, Grand-Charmont, Vieux-Charmont. La fabrique L’Epée voit le jour en 1839 à Sainte-Suzanne, et produit des boîtes à musique (uniques en France à l’époque), des montres, réveils, jouets, boîtes à bijoux… En 1845 est fondée la Brasserie de Sochaux et en 1930 a lieu une fusion entre différentes brasseries de la région pour créer la « Société des Brasseries et Malteries Franche Comté Alsace » qui comprend alors six usines. L’activité de la Brasserie évolue, et produit entre autre des limonades et du sirop. En 1972, elle produit la bière Kanterbrau, et le soda Canada Dry l’année suivante. La brasserie est fermée définitivement le 1e janvier 1979. La papeterie se développe également dans le Pays de Montbéliard, avec la première papeterie produisant du papier avec de la pâte à bois qui s’installe à Mandeure en 1870.

En 1851 Jules Peugeot et Emile I fondent la « Société Peugeot frères » produisant scies, ressorts et corsets, baleines et outils du lion, machines à coudre et tondeuses dans ses usines de Valentigney, Pont de Roide et Mandeure. Ils pratiquent une politique sociale d’avant-garde : caisse d’épargne ouvrière, secours mutuel et soins gratuits, écoles, pensions-retraites. Entre 1882 et 1886, sous l’impulsion et la clairvoyance d’Armand, fils d’Emile, la société se lance dans la production de cycles à Beaulieu. C’est aussi Armand qui dès 1889 fait le pari de l’automobile, créant en 1896 la « Société des Automobiles Peugeot » dont l’usine principale est à Audincourt. Ses cousins, à la tête de la « Société des fils de Peugeot », s’occupent des autres productions, cycles et outils. En 1900, Peugeot produit 500 automobiles et 20 000 bicyclettes. En 1905, les « Fils de Peugeot frères » se lancent aussi dans la production automobile, puis fusionnent en 1910 avec la société d’Armand pour créer la « Société des automobiles et cycles Peugeot ». En 1912 est installée la première usine sur le site de Sochaux, qui reste encore aujourd’hui le premier centre de production Peugeot.

Le développement de l'urbanisation

La Bastille à Hérimoncourt (E.Boilaux)

La croissance industrielle, par les emplois qu’elle crée, favorise l’essor démographique, régulier jusqu’en 1911, puis ralenti jusqu’en 1945. La population du Pays de Montbéliard passe de 50600 habitants en 1851 à 86 800 en 1946, grâce à l’exode des paysans du Haut-Doubs, de Haute-Saône, du Jura, mais aussi des étrangers : Suisses et Italiens surtout jusqu’en 1914 (les étrangers représentent 8 à 10% de la population à la fin du XIXe siècle), Polonais, Yougoslaves et Russes entre les deux guerres.

L’afflux de population conduit à une urbanisation très forte du Pays : si les plateaux restent très marqués par l’agriculture, les vallées deviennent des ruches humaines. Les conditions de logement difficiles conduisent le patronat local à favoriser l’habitat ouvrier : dès la fin du XIXe siècle se multiplient maisons ouvrières ou « casernes » (à Fesches-le-Châtel, ou encore à Hérimoncourt, avec La Bastille en 1858). Dans les villages proches de ses usines, Peugeot fait construire des cités ouvrières, alors qu’à Montbéliard, les patrons locaux font de même aux Môles ou à la Prairie. La municipalité de cette ville développe au début des années 1930 un vaste programme de cités-jardins favorisé par la loi Loucheur dans le nouveau quartier de la Citadelle. Quant aux grandes familles industrielles, elles rendent visible leur prestige et leur puissance par la construction de «châteaux patronaux » qui marquent le paysage.
La mutation industrielle induit de profondes transformations économiques. Favorisé par l’augmentation de la population, le commerce, souvent fondé sur un système coopératif né dans la seconde moitié du XIXe siècle connaît un essor remarquable, alors que l’agriculture, surtout dès les années 1930, amorce son déclin. Malgré le succès de la race montbéliarde, appelée ainsi dès 1872, mais reconnue officiellement le 2 décembre 1889 seulement.

Pays de Montbéliard Agglomération - Service animation du patrimoine
8 avenue des Alliés - BP 98407 - 25208 MONTBELIARD CEDEX
Tél. 03 81 31 87 80 - Fax 03 81 31 84 89
http://www.agglo-montbeliard.fr/http://www.vpah.culture.frhttp://www.culture.gouv.fr
Pays de Montbéliard Agglomération - 8 avenue des Alliés - BP 98407 - 25208 MONTBÉLIARD Cedex - Tél. 03 81 31 88 88